ma biche | Maud A, Mannequin
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Maud A, Mannequin

4 mars 2015

Comme j’aime bousculer les codes j’ai décidé en tant que mannequin d’interviewer… une autre mannequin parisienne, mon amie Maud. Ce fut l’occasion d’échanger sur les réalités de ce métier et de mettre le doigt sur certaines contre-vérités.

mannequin model maud

Comment es-tu devenu mannequin ?

MAUD : C’était il y a quatre ans, j’habitais encore la région parisienne. En fait j’ai été repérée par une styliste au concours Elite. Elle m’a fait poser pour sa marque Les Fées de Bengale. Sur le shooting j’ai rencontré une maquilleuse dont le copain travaillait dans l’agence parisienne WM. J’ai signé chez eux et au bout de quatre mois ils ont voulu que j’arrête les études (je commençais un BTS design de mode) car ils voulaient me positionner sur le créneau « fashion ».

J’avais 18 ans à l’époque et pour tout dire je voulais tenter l’aventure vraiment à fond. Si c’était à refaire je ne changerais rien. Au point où j’en étais dans ma vie je n’aurais jamais dit non, pour éviter de le regretter plus tard. Je suis quelqu’un d’assez déterminé quand j’ai décidé d’aller dans une direction. Même si j’ai une capacité à tourner la page très rapidement. Conscients de cela mes parents n’ont d’ailleurs pas essayé de me dissuader, même si l’idée ne leur plaisait pas.

Qu’est-ce qui t’a attiré dans l’idée d’être mannequin ?

MAUD : Ce sont surtout les paillettes qui m’ont attirées en fait. La bookeuse que j’ai rencontré chez WM m’a vendu le truc en me disant que j’allais voyager, gagner beaucoup d’argent, travailler avec des grands créateurs, faire plein de défilés etc… Ce qui m’a aussi donné envie c’est que dans le mannequinat on se sent un peu choisie, que ce soit par les agences, par les casting directors et même sur les jobs quand on ouvre ou ferme un show par exemple.

mannequin model maud

T’intéressais-tu à la mode avant d’être mannequin ?

MAUD : Oui beaucoup. J’avais commencé un BTS de design de mode et globalement j’ai toujours eu une forte attirance pour le luxe, mais pas forcément l’habillement. Je suivais les bloggeuses mode, je découpais des magazines pour les coller dans des cahiers et je regardais tous les défilés. J’étais fan de Karlie Kloss.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait d’exercer cette profession ?

MAUD : Quand on m’a proposé d’être mannequin j’ai sauté sur l’occasion. Je voulais à tout prix fuir le schéma école de commerce puis métro-boulot-dodo. C’était un moyen de rester hors du système, de voyager et gagner de l’argent pendant que les autres s’ennuyaient en cours. Le plus dur pour prendre la décision d’arrêter d’être mannequin c’est de dire au revoir à cet argent gagné rapidement et facilement qui nous laisse une liberté énorme pour faire beaucoup d’autres choses.

Ce que j’aime aussi dans ce métier c’est de participer directement au processus artistique. On se sent intégrée au petit microcosme de la mode qui fait rêver et auquel les gens n’ont pas accès. On peut côtoyer Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier ou boire du champagne avec Azzedine Alaïa, les regarder passer des heures et des heures à concevoir une collection. J’admire particulièrement Alaïa, il est seul avec ce savoir-faire et à valoriser autant les femmes. J’aime beaucoup l’aspect créatif d’un shooting ou d’un défilé. C’est finalement un peu de l’acting : on doit incarner l’image de la marque, donc être un personnage l’instant d’un aller-retour ou bien d’un clic.

défilé show mannequin model

Et j’aime aussi la pression, l’adrénaline. Sur les castings tu as toujours l’impression de jouer ta vie, et c’est quasiment le cas à chaque minute. L’esprit colonie de vacances pendant les fashion weeks est sympa aussi, on retrouve des filles qu’on n’a pas vu depuis longtemps.

Quel sentiment positif ou négatif cela te donne vis-à-vis du reste de la société ?

MAUD : Le statut de mannequin n’est pas toujours facile à assumer et il ne laisse jamais indifférent. Soit les gens vont t’ignorer en se disant « Elle se la pète », soit t’admirer ou bien te jalouser en se disant « Pourquoi elle ? Moi je la trouve pas belle, regarde sa tête, son corps etc». Parfois même les gens répondent : « Ah ouais.  Je trouve pas !» (rires). Alors que ce n’est pas la question d’être belle ou pas, c’est de correspondre au marché, à la tendance actuelle. Pour la majorité des gens, pour ma grand-mère par exemple, les mannequins ce sont les filles dans les pubs lingerie ou parfum, pas des filles éditoriales au physique spécial, à la limite de la laideur.

Ça instaure toujours une relation particulière, autant avec les filles qui se sentent directement en concurrence (surtout celles qui manquent de confiance en elle) qu’avec les garçons qui te voient souvent comme un trophée sexuel. C’est un métier qui fait fantasmer, ça intrigue toujours les gens. Je pense que c’est ce principe d’être choisie qui provoque cette fascination. Pour les acteurs par exemple c’est différent. Les gens savent mieux comment ce milieu fonctionne, c’est moins une nébuleuse un peu floue dont les gens lambda ne connaissent ni les règles ni le fonctionnement réel.

Quel impact ce métier a-t-il sur ton quotidien ?

mannequin model fashion mode

MAUD : Le métier de mannequin est saisonnier : ultra busy pendant la fashion week et d’autres périodes c’est le calme plat. Pour ces moments-là c’est bien d’avoir des copines mannequins à voir ! Psychologiquement c’est compliqué de passer de l’un à l’autre. Et tu ne peux pas faire une activité salariée car on peut toujours t’envoyer quelque part à la dernière minute et pendant les périodes de fashion week tu travailleras peut être 24h/24. Tu ne peux pas prévoir des vacances, c’est ton booker qui décide du moment opportun pour les prendre. L’angoisse d’attendre et de ne rien pouvoir gérer, certains ne la comprennent pas et d’autres se demandent juste ce qu’on fait de nos journées.

Après les fashion weeks on se repose et on prend soin de soi, de sa peau, de ses cheveux… Après il faut être toujours nickel, tonique, épilée etc… Et il ne  faut pas bronzer. En plein été c’est un peu chiant. Au niveau du poids ce n’est pas toujours facile. Les deux premières années de mannequinat je n’avais aucun problème pour garder des mensurations au top. Par la suite j’ai eu un peu plus tendance à prendre. Et en vieillissant c’est de plus en plus difficile. Donc j’ai dû commencer à faire attention. Mais sans tomber dans l’excès !

De toute façon je ne peux pas, j’aime trop la bouffe, je ne peux pas manger une pomme et aller dormir. Les weekends avec mon mec je me lâche un peu sur les restaus (rires) ! Je me suis mise au sport récemment. Mais peut-être que si je m’étais donnée plus à fond dans ces règles de vie de mannequin, comme les filles qui viennent de familles pauvres et qui ont tout à gagner à faire ce métier, j’aurais peut-être mieux réussi mes fashion weeks. Je ne sais pas.

Les incertitudes changent aussi beaucoup ton quotidien. Tu ne sais pas quand tu vas travailler, ni si tu travailleras demain. Et tu ne connais pas le contenu de tes journées à l’avance mais seulement la veille au soir, voire 2 heures avant le casting certaines fois.

mode mannequin model fashion

Selon toi quel est le truc en plus qu’ont les mannequins françaises ?

MAUD : Nous sommes juste singulières, comme l’Américaine ou l’Italienne l’est à sa manière. En tout cas ce que la mode aime chez la Française c’est son côté à la fois nature, romantique et un peu intello. Une fille stylée, à la fois chic et décontractée. Parisienne en fait. Car personne dans la mode ne pense à autre chose que Paris lorsqu’il s’agit de la France. En fait je dirais que le maître-mot c’est le naturel.

 

A votre avis, le métier de mannequin fait-il autant rêver qu’avant ?

 

3 Comments

on Maud A, Mannequin.
  1. Zerell
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    Bel article, écriture fluide et photos bien insérée

  2. veloce
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    Très intéressant cet article loin des clichés.

  3. naviguez vers la page
    -

    C’est un article qui apporte des réponses claires

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