ma biche | Les 10 paradoxes de la presse féminine
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Les 10 paradoxes de la presse féminine

23 juillet 2015
Comment l’usage de l’injonction contradictoire est devenu un leitmotiv dans les magazines destinés aux femmes

Après l’achat impulsif d’un magazine de mode juste avant d’attraper mon train in extremis j’ai eu une énième déception face à la vacuité du contenu. J’ai donc voulu dresser la liste non exhaustive de dix paradoxes récurrents dans les pages de la presse féminine.

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1- Prôner une « émancipation » de La Femme tout en abreuvant les lectrices de conseils pour améliorer leur apparence et leur relation avec les hommes (le comprendre/s’écraser/ouvrir les cuisses). Le féminisme est mort, vive le féminisme pop !

2 – Brosser le portrait d’une poignée de femmes intelligentes et successful tout en continuant à favoriser les contenus visuels au détriment du fond (qui aiderait pourtant Madame la lectrice à développer ses facultés cognitives).

3 – Attendre le joli mois de mai pour évoquer les régimes et le sport tout en véhiculant un modèle d’extrême minceur toute l’année (et en oubliant accessoirement que c’est la régularité qui donne toute son efficacité à une pratique sportive).

4 – Lancer une pseudo « mini-révolution » en mettant des rondes bien foutues en couverture tout en exhibant de maigres mannequins les 11 autres mois et en « recommandant » tous azimuts crèmes anti-cellulite, massages drainants et abdos-fessiers.

5 – Aborder ENFIN la femme au travail mais en choisissant des angles réducteurs comme les relations avec les collègues, la confiance en soi, le cumul emploi-grossesse ou la compétition avec les hommes.

ofemininpointconne.fr

Ca, la presse l’a vraiment dit (ofemininpointconne.fr)

6 – Revendiquer une libération sexuelle et l’hédonisme mais parler sans arrêt du « couple » comme d’un modèle de vie unique, et coupler ce discours avec des injonctions à donner du plaisir à son mec ou à le garder « grâce au sexe ».

7 – Parler en permanence de sexualité de manière « libérée » mais ne s’adresser qu’aux femmes hétérosexuelles, laissant de côté une partie de la gente féminine auquel même la presse gay ne s’intéresse pas.

8 – Publier des articles sur le « bien vieillir » tout en faisant preuve d’un jeunisme absolu, que ce soit dans les domaines de la beauté, de la mode ou du lifestyle. Vieillir, oui, devenir une vieille, non.

9 – Porter aux nues une femme indépendante, forte et intelligente tout en n’abordant très rarement des sujets politiques ou économiques, pensant à tort qu’ils sont « masculins » et que le lectorat s’y perdrait. Virons ces ignares sexistes !

10 – Être étiquetée « presse » féminine tout en ne finissant par être qu’un catalogue de produits (offerts et non testés) destiné à satisfaire annonceurs et actionnaires. On cantonne la femme à un consumérisme effréné et écervelé complètement dépassé.

magazine biba couverture juin 2015

Petite illustration avec l’anatomie de la couverture du magazine Biba de juin 2015 :

« Faire des rencontres ça se décide ! (promis on vous dit comment) ». Bah oui, l’objectif primordial de toute une vie, pour toute femme qui se respecte : trouver un mec (et lui faire deux mioches), pour avoir enfin un VRAI statut dans la société.

« Décodage : ses phrases en vacances = ce qu’il pense vraiment ». Les vacances, ça vend du rêve mais il faut aussi savoir se supporter 24h/24. Alors Monsieur se lâche (ou craque, au choix). (Et Madame ne comprend que les phrases nominales ponctuées de symboles mathématiques infantilisant).

Pire, son occupation principale est de se préoccuper de sa relation avec son homme, de l’emmerder non-stop pour savoir ce qu’il pense VRAIMENT. C’est pour « favoriser la communication », « faire durer son couple », tout ça, tout ça. Parce que bon, son compagnon c’est toute sa vie à la lectrice Biba.

Autres titre d’article dans la même veine : « Vécu – Ça, il n’y a qu’un mec pour le faire (et en rire) ». Le mâle, cette espèce velue aux rites étranges éternellement incompris par sa femelle fixe. Autre remarque : les mecs auraient-ils le monopole de l’autodérision ?

« Phénomène – Elles vivent avec un homme.. au foyer ! ». Nan mais attends, Jeanine, tu veux dire que tu le laisses utiliser ton Vorwerk ?!? A quand son ersatz masculin « Phénomène : ils vivent avec une femme.. qui travaille ! ».

« Hé les gars, c’est quoi pour vous le grand amour ? ». Passons sur l’expression « gars » proscrite du langage journalistique depuis au moins 10 ans. Mais demandons-nous ce qu’en 2015 (lorsqu’un mariage sur deux finit en divorce) les mecs, ou même les filles, en ont à foutre du « grand amour » ?

Le titre qui s’étale en grand au milieu du magazine est le suivant : « Astro love : toutes les bonnes surprises amour et sexo de votre été ». Alors non seulement la lectrice Biba est une espèce de greluche naïve et superstitieuse mais en plus, entre le couple et le cul, il faut choisir. Les deux c’est pas possible mademoiselle !

« Beauté – A moi les belles fesses ». Eh oui, à grand renfort d’images exhibitionnistes des booty de Kim Kardachiante, Rihanna ou Nicki Minaj, le postérieur a gagné ses lettres de noblesse (tout en perdant en élégance, il faut bien le dire). Les miches, les nouveaux niches ?

Si on fait les comptes, 7 titres sur 10 parlent des hommes ou du couple. La lectrice Biba 2015, une bobonne friande de conseils cul-cul ?

Quid de thèmes similaires en couverture de QG ou Esquire ? « La femme parfaite existe-t-elle ? » ou « Comment rencontrer une femme aujourd’hui? », car c’est bien connu, lui aussi cherche une princesse charmante depuis sa plus tendre enfance.

Ou bien : « Lorsqu’elle dit non, veut-elle vraiment dire non ? », « Help, ma copine regarde du porno », « Réussir son couple : s’écraser et faire des compromis pour la garder à tout prix » ? Ou encore : « Beauté : les 15 gestes (un peu snobs) pour être sublime et en pleine forme », « Les conseils style des mecs enrobés mais qui choppent quand même »  ? Ou même « Anatomie : à moi les belles boules » ?

Les magazines féminins ne servent pas l’intérêt des femmes, ils ne questionnent plus leur place dans la société ou les stéréotypes subsistants. Le but de ces magazines est de vendre et de permettre à leurs annonceurs de vendre également. Arrêtez d’en acheter, de toute façon vous en avez lu dix, vous en avez lu cent. Et ce n’est pas être féministe que de dire cela.

Quant aux hebdomadaires d’actualités ils sont trustés de pubs destinés aux hommes. Au cas où moi, pauvre femme limitée, je n’aurais pas bien compris que ce magazine ne s’adressait pas à l’autre moitié de l’humanité. Il n’y a guère que quand je lis le précieux Monde Diplomatique ou le merveilleux Courrier International que je ne me sens pas exclue.

Dazed and Confused

Dazed and Confused février 2010

Combien de  temps devrons-nous encore attendre en France avant d’avoir un magazine intelligent et non genré mêlant mode, art, culture et médias, comme le Dazed & Confused ou le I-D ? Le dynamisme, le sens de l’esthétique et la cross culture numérique et culturelle sont-ils l’apanage de la culture anglo-saxonne ?

Un commentaire

on Les 10 paradoxes de la presse féminine.
  1. -

    J’adorerai faire un faux GQ avec des titres de féminins, quelle idée géniale! Ou un faux Le Point, avec en prime les pubs des féminins à l’intérieur… Bref, on sait ce qui nous reste à faire.

    PS : tu as oublié le Canard :)

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